En Arabie saoudite, L'Espagne au coeur

Andalousie, je me souviens

24 mai 2015

Pic©JorisVandePutte

Ces jours-ci, à #Saint-Jean-de-Luz, a lieu le Festival andalou. La météo étant ce qu’elle est en ce mois de mai capricieux, certains événements ont dû être annulés. Qu’à cela ne tienne, la mélopée sud-ibérique fait vibrer les ruelles antiques et les places qui attirent le manant.

#Festival andalou. Andalousie.

Ce mot s’infiltre jusqu’a mon cœur et lui laisse un pincement doux-amer. Andalousie, tu viens me chatouiller dans ma nouvelle vie. Pourtant, notre éloignement date d’il y a plus de dix ans. Entre-temps, je t’ai entraperçue en différents endroits, certains où je ne n’attendais pas. En Arabie, notamment. Mais ne tiens-tu pas ton nom d’Al Andalus, foyer de haute culture maure et arabe au cœur de l’Europe médiévale ? Al Andalus, c’était toi. Et c’est probablement cet aspect de ta personnalité, cette teinte arabe présente dans les courbes de ton caractère, qui m’a initialement attirée à toi. Il y avait donc, à Jubail, en Arabie saoudite, une rue, si ce n’est tout un quartier, qui portait ton nom, écho de grandeur et de conquête musulmane d’un autre temps.

En Arabie, je te croisais donc tous les jours ; facétieux sourire de la vie qui s’amuse à faire de mon chemin, non pas une ligne droite mais en enchevêtrement de parcours. En Arabie, au cœur de la rigueur et de l’obscurité, je pris des cours de #flamenco, chaussai des souliers rouges et laissai mes pas vibrer au rythme de ta mélopée intense. Oui, tu m’as suivie jusque là-bas.

 

Aujourd’hui tu fais un détour par #Saint-Jean-de-Luz et le soleil brûlant de tes après-midis s’abat à nouveau sur mon crâne. A Cordou, au mois d’aôut, je marchais sur tes grandes artères modernes, pour dénicher la vie infiltrée derrière les persiennes. Je rencontrai l’âme tzigane sédentarisée, ses jeunes filles au regard noir, toutes d’ardeur et de violence vêtues. Ses étalons mal dégrossis, prêts à se perdre dans une destinée bancale de drame et de torpeur. Je marchais jusqu’à Séville où les oranges tombaient en automne. Où la voie touristique imposait l’Alcazar et la cathédrale, m’empêchant d’être à l’heure à l’université. Où les soirées se transformaient en nuits d’exultation, d’excès et d’oubli. L’hiver arrivait et je n’avais pas prévu ce froid dans tes entrailles, seule à ma table ronde, les jambes chauffées sous la nappe en laine par le « calentador de mesa camilla ». Comme tes murs étaient obscurs alors. Je partis à Grenade et m’émerveillai de l’Alhambra sous le soleil hivernal. Comme l’art était apaisant. Un rêve d’Orient en Occident. Quelques mois plus tard, Cadiz et son carnaval me ramenèrent à la mer, au port, au besoin de départ. Mais j’étais attachée à Séville et tu le savais. Je n’eus pas la force de la quitter même lors de la Semaine Sainte, quand les confréries sortent religieusement leurs Vierges éplorées dans une solennité d’outre-tombe. Non, il me fallait attendre la Feria dont les sevillanas et le flamenco certainement me remettraient du baume au cœur. Et je m’étourdissais encore du froufrou des robes, des aigus du chant des « cantaores », de la guitare impétueuse qui porte les talons jusqu’à l’épuisement.

Je refusais d’abandonner ; je partais plus au Sud, loin de tes villes et de leurs illusions, proche de l’eau et de sa pureté. Cabo de Gata, Almeria, Malaga, Tenerife… Comme l’Afrique était proche alors. Comme ces jours-là, dans cette fraîcheur maritime-là, m’apportaient ta douceur, ta maternité protectrice. Mais Séville toujours me rappelait et m’imposait son agitation. Je m’y soumettais. J’allais jusqu’au bout, jusqu’à ce que le cercle noir et feu se referme, jusqu’à ce que la chaleur ait raison de mon corps, jusqu’à ce que je n’en puisse plus de toi. Je finis par te quitter, pour me sauver ; parce qu’il faut toujours, un jour, partir.

Depuis onze ans, je ne suis pas revenue à toi même si les occasions n’ont pas manqué. J’ai voulu, souvent. Mais je ne l’ai jamais fait. Alors c’est toi qui viens me chercher et qui laisse éclater ta plainte, ce chant qui désoriente, qui appelle à l’amour tout autant qu’au malheur.

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2 Comments

  • Reply mathilde 1 juin 2015 at 7:36

    Cuantos recuerdos, no?
    Muy lindo relato laeti! Lleno de sensibilidad y sensualidad. Un velouté de courgettes assises autour de ta table, pour réchauffer nos âmes égarées.
    Un abrazo enorme!!!!!
    M.

  • Reply Laetitia KGuilbert 4 juin 2015 at 9:13

    Si querida… Cuantos recuerdos! Le velouté de courgettes ; bien sûr! Un abrazo enorme a ti tambien y a tu pequenita 🙂

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