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Chimamanda Ngozi Adichie

17 juin 2015

©Leeroy

#Chimamanda Ngozi Adichie.

J’avoue, le nom est plutôt difficile à mémoriser pour celui qui n’a pas grandi au Nigéria. Mais reconnaissez qu’il emporte ailleurs. Chimamanda Ngozi Adichie. C’est doux et rythmé comme une formule magique, comme un contentement d’amour, comme le nom d’une femme qui porte la complétude en elle. Chimanda Ngozi Adichie est une auteure nigériane qui écrit en langue anglaise.

Dans son troisième roman Americanah, l’écrivaine relate l’expérience d’Ifemelu, une jeune nigériane qui part faire ses études aux Etats-Unis.

#couleurdepeau. #négritude.

Tant qu’elle était au Nigéria, Ifemelu n’avait pas conscience de sa négritude. Ici, je ne parle pas du mouvement littéraire, mais plus prosaïquement, du fait d’être noir. Aux Etats-Unis, Ifemelu « devient » noire. C’est ce pays qui lui renvoie sa propre image et lui apprend l’identité noire américaine avec ses différentes déclinaisons selon que l’on descende d’esclaves, que l’on soit de la deuxième, troisième génération ou que l’on vienne d’arriver sur le sol américain. Cette prise de conscience a quelque chose de glaçant pour l’héroïne et pour le lecteur. De cela ressortent une dichotomie blanc/noir évidente et pourtant dérangeante ainsi que les codes de conduite qui vont avec. L’identité se construit et se revendique sur cette empreinte raciale et renforce le message que nombre de séries américaines transmettent déjà quant au communautarisme radical en vigueur aux Etats-Unis.

#Expatrié

« Americanah ». Au Nigéria, c’est ainsi qu’on nomme les personnes ayant migré aux Etats-Unis et qui en sont revenues. Ce terme révèle qu’elles ne sont plus ce qu’elles étaient ; elles ont un nouvel attribut, elles ont subi une transformation.

Ifemelu traverse les multiples perditions auxquelles fait face celui qui se déracine pour s’enraciner ailleurs sans jamais s’enraciner totalement. Les perditions de l’expatriation. Ces secousses à fleur de peau qui dans un premier temps invitent à comprendre comment le nouveau monde fonctionne puis incitent à revendiquer quelque chose de ce que nous croyons être. L’expatrié est un terrain en mouvement, une terre meuble qui avale et subit tout ce qui vient à lui. Ouvert à la découverte, il doit s’adapter s’il veut vivre le pays. Et donc changer. Sans trop se perdre. La mise à nu, la quête d’unité, la perte identitaire ; l’expatriation, surtout quand elle se vit seul, comporte tout cela. C’est une transformation de soi inévitable ; une remise en question de ses fondements, un bouleversement profond. Devenir un autre est presque inévitable. Et l’expatrié demeure toujours un étranger quelque part. Le destin d’Ifemelu se construit sur ces aspects qui ne peuvent laisser indifférent celui qui est parti voir de l’autre côté de l’océan si l’herbe était plus verte.

L’itinéraire de l’héroïne se trace entre les Etats-Unis et le Nigéria. Un premier pays dans lequel elle finit par se perdre et par éprouver le besoin de « chez soi » ; l’autre dans lequel elle pense se retrouver mais où elle commence par s’égarer car elle n’est plus celle d’avant l’expatriation. Chez Ifemelu, au fil du récit, il y a une sorte de réalisme pessimiste qui s’installe ; quelque chose qui se comprend dans le monde auquel elle se confronte mais surtout dans la solitude qui semble l’avaler. Ifemelu est seule dans son expérience. Heureusement, comme dans toute histoire bien ficelée, l’amour est là, latent, unificateur ; salvateur.

Il y a beaucoup plus encore dans Americanah. Une subtile vibration, une danse en équilibre du soi. De l’authenticité, de l’émotion.

C’est mon amie Michèle qui m’a fait lire Chimanda Ngozi Adichie et Ifemelu. Ces deux femmes qui se confondent m’ont fait découvrir un univers, tant littéraire que social et humain. Avec elles, j’ai voyagé, été transportée, plongée dans une nouvelle dimension du scénario, de l’écriture, du Nigéria d’aujourd’hui. J’espère que vous aussi tenterez ce voyage. Et si vous le pouvez, osez la version originale en anglais, c’est toujours plus porteur.

 

Pour visionner la jolie Chimamanda Ngozi Adichie parler d’ « Americanah » à la librairie Mollat de Bordeaux, c’est ici.

et son discours sur le féminisme, c’est ici.

Pour découvrir ses autres écrits :

L’hibiscus pourpre, « Purple Hibiscus », Editions Anne Carrière, 2004.

L’autre moitié du soleil, « Half of a yellow sun », Editions Gallimard, 2008.

Autour de ton cou, « The thing around your neck », Editions Gallimard, 2013.

 

Et pour fredonner avec #Ayo, ça continue ci-dessous

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