From Singapore with love, Mon Pays Basque

L’été en amour

16 août 2016

©ChrisJoelCampbell

#L’amour

Je reviens. En écriture. Je reviens. A vous, fidèles lecteurs, qui gentiment, me pressez de vous donner des nouvelles. Après deux mois de longue absence. Dédiés aux au-revoir, au mouvement, à la transhumance. Au départ pour l’itinérance. Changement de lieu ; me voici sous l’équateur. Asiatique. Pour quelques mois. Quelques années. Une éternité. Je vous en parlerai.

Je reviens. Au mois d’août. Dans l’été amoureux. Le mois d’août est à la vacance, aux vacances, et à l’amour, bien sûr. A quoi d’autre pourrait-il se dédier ?

Je me souviens de cette jeune fille, dans Paris déserté et ensoleillé, qui pleurait tant, en traversant, dans le mois d’août. Il y avait des débardeurs sur les cœurs et de l’humidité dans les cheveux. Au mois d’août, à Paris, il peut faire chaud. La jeune fille avait le visage blanc et les yeux rouges de ceux qui pleurent. Elle attendait que le feu passe au rouge. Entre elle et moi, des autobus climatisés, des voitures en vacances, des toits ouvrants et des fenêtres, cheveux au vent. Elle attendait que le balai cesse et j’entrevoyais, à travers les véhicules qui se succédaient, son visage qui pleurait. Les larmes qui coulaient. Elle ne les retenait pas ; elle ne le pouvait sans doute pas. Je connaissais ça. Alors quand elle s’est mêlée à la foule chaude et pressée pour traverser, je n’ai pas bougé ; j’ai attendu qu’elle arrive à ma hauteur, et je lui ai pris le bras. Comme ça. Je l’ai attrapée. J’y ai à peine pensé ; je voulais lui dire qu’elle n’était pas seule ; que si elle voulait, je pouvais bien l’aimer, moi. Elle m’a regardée bizarrement, avec douleur et peut-être un peu de dédain finalement. C’était étrange ; il y avait ses larmes étalées sur ses joues, et ses yeux, qui me disaient que je l’importunais. Je l’ai lâchée, elle est partie. Je ne sais pas si elle a pris un peu de mon amour.

A Saint-Jean-de-Luz, au mois d’août, l’amour est à la plage, ou dans les rocailles. Dans les guinguettes et les courses en plein air, chez les sauveteurs en mer et les fêtards d’hier. La journée il se séduit entre les grandes marées, vers le plongeoir ou vers la ligne de bouées, dans quelques vagues bien attrapées ; à Erromardie ou sur le sable de Guéthary. L’amour aimerait se prélasser, ne jamais se quitter dans les halles bondées, si savoureuses, en plein été. Alors l’amour se cherche et se trouve encore, se pavane et s’adore, rue Gambetta qui ne se vide plus. A la nuit tombée, Place Louis XIV, quand le toro de fuego a brûlé et s’est trop consumé ; dans les coins plus reculés, là-bas, sur la jetée ; sous le phare qui regarde les bateaux s’en aller. Au mois d’août, en plein été, Saint-Jean-de-Luz brûle d’amour.

A Singapour, au mois d’août, l’heure est à l’équateur, à la végétation luxuriante dans la cité-Etat. L’amour se chante dès le matin, et tout au long de la journée, chez les oiseaux du jardin botanique, entre l’appel du souimanga et du loriot de Chine. Chez les humains affairés, l’amour n’en est qu’à sa possibilité. Qu’à son imaginaire. Quand ils auront le temps. Au travers des robes qui frissonnent dans un métro bondé. Derrière ces lunettes de soleil, ombres sur des regards qui ne veulent se croiser. Dans la pudeur de jeunes filles si raffinées, si prometteuses d’un peut-être ; un jour. Alors l’amour se cache, et je le porte, un petit peu, discrètement, dans mon cœur, juste là. Au mois d’août. Quelque part, dans cité-monde, comme tu dis.

Et de l’amour, encore, porté par le vent. Nina Simone. Wild is the wind. 

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