Au jour conté, Mon Journal d'hiver

La dernière nuit

19 juillet 2015

©lkg

#La dernière nuit.

Elle finit toujours par arriver. Lot inévitable du voyageur, de l’itinérant, de celui qui passe quelques temps puis s’en va. Plus prosaïquement, vie de l’expatrié.

Au départ, c’est un horizon lointain, presque irréel, imaginaire. Un jour dans le futur. Une image diffuse d’un événement dont on a peine à croire qu’il sera un jour présent. Puis la date est fixée. Ce sera cette croix-là sur le calendrier. Ce lundi 16, ce mardi 20, ce samedi 3. Ce jour-là : le départ. Un jour concret, à réaliser, juste devant nous. L’étape qui attend, le prochain mur à franchir. Puis le compte à rebours  commence.

Et une espèce d’incrédulité prend possession de la pensée et du raisonnement. On est presque abasourdi d’y être finalement ; d’y être déjà ; d’être arrivé au bout du séjour, au bout de la période allouée, au bout du temps. Ne pas se laisser aller à l’émotion, ne pas laisser parler le cœur pour ne pas le perdre, ce précieux temps ; et tenter de profiter des dernières minutes alors que l’on y est déjà ; dans le départ.

Des tentatives d’organisation précèdent la dernière nuit. Un planning difficilement respecté. L’appartement devient un vaste chantier ; une apocalypse qui précède le vide. On est perplexe devant tant de babioles accumulées, tant de recoins habités de choses et d’autres, futilités qui avaient leur importance dans l’instant. Il faut trier, ordonner, s’affranchir, jeter. On ne sait par où commencer, par où prendre le problème du mouvement qui doit se mettre en place pour mettre dehors, pour sortir, pour extraire cette vie qui a été le quotidien jusqu’alors. Et l’on n’en finit pas d’arbitrer l’existence éphémère de quelques objets que l’on jettera à la prochaine halte. Et l’on se promet à l’avenir de ne plus garder, de ne plus accumuler. Mais l’on s’arrête sur une lettre, on prend le temps de lire la correspondance émotive que l’on avait reçue alors ; on verse une larme sur une photo, sur une carte de visite, un colifichet offert par quelque élève attentionné. Un mot doux, un mot d’amour. Et l’on conserve tout. Et finalement l’appartement se vide ; la vie abandonne les recoins et les tiroirs secrets.

Et le soir arrive. Et le planning n’est pas maintenu. Il reste tant encore qui n’a pas trouvé sa place. Et le ménage qui attend. Et ces derniers instants où l’on ne doit toucher à rien pour ne pas salir, pour ne pas risquer d’abîmer au dernier moment.

Et les amis dont il faut se séparer, et les adieux qu’il reste à étreindre. Trop d’émotions, trop de larmes et de déchirements en perspective.

Et la nuit est là. La dernière. Il ne reste plus rien que cette valise fermée. Et ce lit qui t’attend pour accueillir tes derniers rêves. Un sommeil éveillé marqué de souvenirs liés à cet endroit où ton histoire s’est écrite quelques mois, quelques années. Cette nuit, une page va se tourner.

Les heures passent rapidement et lentement. Tu les comptes, tu les retiens, tu les étires. Te voilà au bout.Ta vie ici rejoindra le flot du passé. Tout reste à écrire au delà de cet appartement, de ce lit ; au delà de cette dernière nuit.

C’était hier, c’était il y a neuf mois, un an, cinq ans, sept ans.

La dernière nuit est au devant.

You Might Also Like

No Comments

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :