Au jour conté, From Singapore with love

Orage à Singapour

3 octobre 2016

©lkg

*orage*

Au petit matin
A Singapour.

Au petit matin à Singapour, sur la marina, toute artificielle. Au loin les îles, au loin l’Indonésie. Au bord, les mâts des bateaux, d’aluminium et de carbone, quelques palmiers graciles et la chaleur humide.

*orage*

La nuit est encore là, enveloppant les rêves dans son noir opaque. Elle s’agite légèrement là-bas, vers Batam et Bintam. Peu importe, il est encore temps de s’abandonner. Au sommeil.

Mais le ciel ronfle trop pour être endormi. Il se déchire et se craquèle. Il gronde. Menaçant. Il est habité  de celui qui s’approche sans qu’on le sache et vient fragiliser le refuge. Celui qui veut grandir et se faire connaître, sortir de cette nuit qui encore le recouvre.

*orage*

Et voilà qu’il surgit là, sur l’eau de Singapour. Sur la mer encore étale de Sentosa. L’éclair. Fluorescent. Tellement beau dans sa colère. Eclatant.
De noir, le ciel devient bleu électrique. L’éclair, turgescent, rompt définitivement la nuit.
Le ciel tremble et se crispe tout entier. La foudre le brise en mille morceaux.

Immédiatement le tonnerre explose. D’une seule voix. Grave et enragée. Détonnante. Toute puissante. Juste au-dessus. Les frissons coulent dans le corps. Le tonnerre l’a réveillé d’un coup. Sueur froide.

Le vent alors, lui aussi se déchaine. Celui qui qui était resté au-dedans, discrètement, s’envole avec force et vigueur. Les mâts s’agitent. Ils ne résistent pas. Les éclairs tombent de plus belle, et le tonnerre explose et explose encore, n’en finissant plus de déchirer l’espace. Les chiens menacés, aboient et tentent de protéger le refuge, malgré la peur et l’ennemi partout présent. C’est un feu d’artifice sans chef d’orchestre, surpuissant et plein de colère. L’espace gronde et se déchire, tout éclate, explose et ne tient plus en place. Tout menace de se briser, de chavirer, d’être englouti dans ce déchaînement sans limite. On se recroqueville. C’est l’apocalypse.

*orage*

La nuit tente de résister. Mais elle a déjà perdu ; elle le sait. Exténuée, elle finit par abandonner et se retirer. Le vent la chasse. Et avec elle, les éclairs et le tonnerre s’élèvent, écartant l’orage de Sentosa, de Singapour, le ramenant au loin, à nouveau là-bas, vers Batam et vers l’Indonésie.

La pluie, si délicate, arrive alors. Sur la pointe des pieds. Humide et sucrée. Chaude, déjà. Tapotant la mer redevenue sereine. Les oiseaux risquent un vol au dehors. Et le jour, d’un coup, est là. Debout.

A présent, laissons Yann Tiersen nous emmener loin, très loin. Repartir. En arrière. « Summer 78 ».

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