Le souffle du Yémen

Sanaban Village

8 octobre 2015

©Leeroy, Birds pattern flight

7 octobre 2015. Sanaban Village, province de Dhamar, au Yémen. Qu’ils reposent en paix.

Il y a six mois, Waheeb m’informait qu’il quittait la capitale du Yémen, Sanaa, car les bombardements d’un coup s’abattaient sur la ville. Il partait rejoindre Sanaban, le village d’où il était originaire. Il m’écrivait « I travelled to my village ; it’s safe here ».

Mais hier, ce qui aurait dû être un refuge s’est transformé en cauchemar.

Un grand nom de la ville mariait trois de ses fils. Il y avait de la joie, des danses et des chants. Des étincelles dans les yeux des enfants. Des rires cristallins qui faisaient oublier le temps lourd de cette guerre. L’allégresse était là ; quelques instants. Le village tout entier s’abandonnait à la gaieté, à l’insouciance. Au milieu de la foule, dans cette effervescence, il y avait trois jeunes filles, toute de timidité et d’appréhension vêtues.  Elles allaient s’engager dans une étape significative de leur vie de femme. Leurs tantes et leurs mères les avaient préparées ; leurs cousines et leurs soeurs les avaient maquillées, chouchoutées. C’était leur jour à elles ; c’était pour elles. Tendres princesses d’un village de montagne, à la joie si robuste et au regard si pur. Elles se tenaient là, parmi les autres femmes, fières et déterminées.

Mais le ciel d’un coup a grondé et les avions saoudiens sont entrés. Ils ont ciblé avec justesse le lieu de la fête, assassinant hommes, femmes et enfants, sans discernement. Bilan : plus de cinquante morts et le double de blessés. Un massacre. Comme seuls les bourreaux avides de toute-puissance savent les perpétrer. #Sanaban Village est dessimé, dans le deuil. Et trois princesses gisent, abîmées, disloquées.

Aujourd’hui, j’ai pu converser avec Waheeb via messenger. Il est encore fou de stupeur d’avoir vu la maison de son voisin tomber. D’avoir vu de ses yeux l’avion qui lâchait les bombes. De savoir que ses tantes et cousines encore pimpantes hier soir sont mortes et raides ce matin. De se sentir si petit pour résister à une attaque si inégale. Et la haine progressivement prend le pas de la douleur. La haine contre ces frappes scandaleuses et injustifiées. La haine contre un ennemi qui tire sur un peuple sans défense. Le jour d’un mariage.

Comment pouvons-nous encore laisser faire cela ? Comment pouvons-nous faire cela ?

#SanabanVillage

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1 Comment

  • Reply Anonyme 9 octobre 2015 at 4:33

    Effroyable !

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