En Arabie saoudite

Un songe d’Arabie

26 mai 2016

©bg

Il y avait en Arabie quelque chose d’irréel. Dans les moeurs, dans les codes sociaux,  dans l’architecture, dans les paysages. Dans la vie que nous menions. Tout était recouvert d’un voile opaque qui brouillait la vue. Quand j’y repense, j’ai toujours quelques secondes d’hésitation, une intuition qui me pousse à croire que ces années passées sur les sables noirs d’Arabie ne furent qu’un songe. Et si j’avais tout rêvé ?

*******

Extraits de mon journal de bord

7 juin 2011

« C’est un pays à nul autre pareil. Un pays unique. Un de ceux que personne ne connaît mais dont chacun a une image claire et tranchée. De par son nom, ce pays se décline – en français tout du moins – au féminin. C’est un “elle”.

Elle, l’Arabie Saoudite.

Entité féminine.

Elle. En “e” et en femme.

L’Arabie saoudite est une femme. 

Il y a peu encore, elle n’était que territoires de sable, de caravanes et d’oasis rares.

Il y a peu encore, elle n’était que liberté, insoumission, mystère et chevauchées.

Il y a peu encore, elle faisait rêver. Elle, qu’il fallait protéger.

Il y avait donc, au départ, ce mirage. De ceux qui sont propres au désert, à ces zones chaudes et arides, endroits reculés et hallucinatoires ; coupés du monde. C’était celui d’un lieu pur et vierge, une terre d’aventures et d’âmes indépendantes. C’était un songe venu de fantasmes enfantins, d’aventuriers en quêtes de gloire, de guerriers enturbanés au visage mystérieux. 

Mais l’Arabie a été conquise, elle s’est unifiée, est devenue « Saoud ». Un Royaume.  Au masculin.

La première image qui me vient est celle de Lauwrence d’Arabie sous sa tente de bédouins buvant le thé avec les arabes. Je m’y voie, menant des tractations de paix entre les tribus de Médine et d’Al-Qasim, arborant fièrement la goutra et le sabre, chevauchant vaillamment les pur-sang du grand sheikh. Puis je me rappelle que je vis au XXIème siècle, que la tente de bédouins s’est effacée au profit des gratte-ciels, que les tractations de paix n’ont mené à rien, que seul prévaut le prix du baril, le combat pour l’or noir. Enfin, je me sais femme… Une femme occidentale… Au pays des Saoud. »

12 septembre 2014

« Cette nuit, j’ai encore rêvé d’elle. C’était angoissant. Ce n’était pas fini, nous étions à nouveau là-bas, enfermés. En son sein. Nous avions été contraints d’y retourner, contraints de revivre ça. Il y avait la lumière blanche, le beige sombre du sable, l’absence d’autres couleurs. Il y avait la chaleur, la tension, la torpeur. L’enfermement. L’espace restreint. A nouveau nous étouffions, nous suffoquions. C’était insupportable. Ce rêve, je le fais souvent. Je rêve que j’ai été renvoyée là-bas comme on renvoie quelqu’un à la case prison.

Paradoxalement, c’est avec une nostalgie triste que je pense à la vie qu’elle m’a donnée et qu’elle ne m’autorisera jamais à récupérer. Le territoire clos qu’elle m’avait attribué me manque. L’identité que j’y avais acquise, les amies qui étaient devenues les miennes, le travail, les habitudes qui formaient mon quotidien. Alors je me demande si les frontières qu’elle avait dessinées pour moi étaient ma liberté ou les barreaux de ma cellule. »

Elle m’a donné du bonheur. Et a tracé des instants tragiques. Le chemin pour revenir à elle est long et brumeux.

You Might Also Like

No Comments

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :