Fictions

Vieille carne #1

11 juillet 2015

©Lillyphotographer

#Vieille carne. Premier volet.

C’est une drôle d’histoire qui a commencé lors d’une conversation avec nos amis Olivier et Catherine. Ils me contèrent une mésaventure abracadabrante ayant véritablement touché l’amie d’un ami du voisin d’un copain d’une amie… Lorsque j’entendis ce récit, je le trouvai si extraordinaire que je décidai de l’adapter pour une de mes nouvelles. J’en parlai même à une amie dessinatrice qui la mit en BD. Mais quelques semaines plus tard, nous découvrîmes le pot aux roses : cette histoire qu’on nous contait pour véridique était en fait tirée d’un court-métrage, qui lui, existe vraiment. #Henri, de Jérémie Loiseau et Edouard Charuit. 

N’hésitez pas à visionner #Henri après avoir lu mon texte…

 

Je suis vieux. Mes os n’ont plus la force de porter ma graisse et tout mon corps s’écaille de l’intérieur. De chambre en chambre, je traine cette peau usée et ces muscles flasques tant bien que mal. De lourdes paupières ont affaissé mes yeux naguère si vifs ; ces précieuses pupilles qui faisaient ma fierté et qu’aujourd’hui, plus aucune étincelle ne vient illuminer. De grosses boules disgracieuses me sont venues sur le cou et sur le ventre ; ainsi affublé, je ressemble plus à Qasimodo qu’au galant que je fus dans le temps. Souvent je m’oublie et je laisse derrière moi des flaques d’urine quand ce n’est pas autre chose. Les jours et les nuits s’entremêlent dans une apathie où aucun événement extérieur ne m’atteint. Avoir la pensée claire est un effort en soi ; malgré toute la bonne volonté du monde, j’agis étrangement ; je grogne sur les uns et sur les autres sans distinction ; je suis bougon et de mauvaise humeur, et il m’arrive même d’aboyer sur elle par mégarde.

Elle ne m’en aime pas moins pour autant. En dépit de ma vieillesse décadente, elle reste avec moi telle qu’elle a toujours été ; dédiée et aimante. Je dirais même que ses attentions et son amour semblent s’être décuplés à mesure que mes forces et mes capacités s’amenuisent. Elle se donne d’avantage, m’offre des gâteries et de la tendresse plus qu’il ne m’est nécessaire. Elle est à mes côtés comme à mon chevet, pleine de prévenance et de douceur, s’accommodant des effluves pestilentiels qui émanent de mon corps, nettoyant mes méfaits sans dégoût, concoctant des plats gourmets attentifs à mes intestins fragiles, portant mes vieux os jusque dans son lit. Tout son temps libre est pour moi. A midi, elle quitte son poste et ses collègues pour s’assurer que je vais bien. Elle mange un sandwich en vitesse sur le coin de la table puis vient s’allonger quelques instants à mes côtés, berçant ma somnolence de comptines enfantines. Elle me retrouve à nouveau le soir, à peine sa journée de travail terminée, courant dans les couloirs du métro pour être auprès de moi le plus tôt possible. Quand vient l’heure de faire mes besoins, elle s’accroupit à ma hauteur et me prend dans ses bras sans plier sous mon poids. Certes, ce n’est pas à proprement parler une femme menue – elle est même plutôt bien charpentée – mais elle déploie une force gigantesque et de longue haleine lorsqu’il s’agit de m’arracher au sol et de me faire parcourir la distance infinie qui me sépare des toilettes. Evidemment, cela ne marche pas à tous les coups. Parfois, nous tombons tous les deux à la renverse, et dans la chute, je l’écrase de toute ma masse inerte. Mais elle ne dit rien ; elle me pousse, s’extrait de moi et se relève. Il arrive que la simple joie de me retrouver contre son corps provoque un relâchement des organes, et mon urine chaude et odorante vient mouiller son pantalon. Là encore, elle ne s’énerve pas ; à peine émet-elle un petit reproche ; pour la forme. Elle supporte aussi sans ciller les regards désapprobateurs des voisins que l’on croise dans l’ascenseur et qui, écrasés par notre équipée proéminente, se collent à la porte avec dégoût.

Une fois dehors, elle a encore assez de force pour me traîner jusqu’au toutounet corner et là, dans l’odeur nauséabonde propre à ce lieu malséant, elle attend patiemment que je daigne déposer mon auguste crotte. Ensuite, elle m’emmène au toutoubar où je suis censé faire la conversation aux nouveaux galants de mon espèce. Je sais que ça lui fait plaisir alors je ne proteste pas mais honnêtement, les jeunes d’aujourd’hui ne s’intéressent à rien alors je préfère rester dans mon coin. Le soir venu, nous regagnons notre appartement et elle nous cuisine un plateau délicat que nous dégustons ensemble devant un film à l’eau de rose. Sur le canapé, je pose ma tête sur ses cuisses et elle me caresse patiemment la gueule tout en me confiant ses états d’âmes. Je ronronne comme un chat pour lui montrer que je compatis, jusqu’à ce que je m’endorme dans le flot de ses paroles douces. C’est ainsi que nous sommes heureux tous les deux.

Je sais que ce n’est pas bien. Je sais que tout cela n’est pas bon pour elle ; qu’elle se coupe du monde et de ses amis, je sais que je suis un obstacle à ce qu’elle ait une vie sociale épanouie. Mais je ne trouve pas les mots pour que cesse cet esclavage ; je ne veux pas non plus qu’elle se désintéresse de moi.

Hier, elle rentra le sourire aux lèvres. Elle avait trouvé la solution pour que j’arrête de trainer lamentablement mon corps sur les pattes avant. Elle s’agenouilla à mes côtés et approcha un drôle d’engin fait d’une simple planche en bois, de deux roulettes et de sangles en cuir. Son intention était de ceindre cet instrument de torture sous mon ventre pour alléger le poids porté par l’avant de mon corps. Je commençai par lui montrer toute la mauvaise volonté du monde, l’ignorant, n’accordant pas crédit à ses supplications, refusant de soulever la moindre parcelle de ma peau usée et puante ; grognant même à ses palpations inefficaces. Un nuage de sanglots vint alors s’échouer dans le brouillard de mes oreilles malentendantes. Surpris, je soulevai mes doubles paupières sillonnées par les ans et distinguai, dans le trouble de ma vision approximative, un désespoir criant. J’avais devant moi une poupée blessée et désemparée, recroquevillée sur elle-même dans une posture fœtale qu’agitaient des soubresauts incontrôlés. Ah, comme les femmes savent s’y prendre !

« – Ne me laisse pas Léon ! Il faut que tu te battes ; que tu fasses un effort ; tu ne peux pas baisser les bras comme ça. Sinon, c’est sûr ; c’est fini ; on ne va pas s’en sortir.

Je pensais très fort que je ne voulais pas ; que je voulais juste qu’on me laissât tranquille, mais je n’avais pas la force de lui faire plus de mal. Alors, dans un mol effort, je bougeai quelque peu mes pattes inférieures pour lui montrer que j’étais toujours là ; toujours avec elle.

– Allez, soulève-toi un peu ; laisse moi glisser le skate sous ton ventre.

– Eh, facile pour toi…

J’obéis sans conviction pour qu’elle cessât de me fendre le cœur avec ses pleurs d’enfant meurtri.

Elle fit alors passer l’engin sous mon corps et je fus ainsi rehaussé de quelques centimètres. Ensuite, elle serra les sangles sur mes côtes grasses et prit ses distances pour m’observer.

– Tu es magnifique mon Léon !

– Ah merci ; si tu me trouves beau quand je suis ridicule…

– Maintenant essaye d’avancer ; essaye de marcher tout seul.

– Mais comment veux-tu que je marche quand j’ai des roues à la place des pattes ! Vous les femmes, vous êtes vraiment à côté de vos pompes, parfois…

Mais encore une fois, pour lui faire plaisir, j’essayai de bouger mes pattes, au moins celles de l’avant qui n’étaient pas entravées par sa maudite planche en bois. Je me sentis alors porté par une souplesse, un nuage coulant qui obéissait au mouvement donné par mon buste. Cela faisait des années que je n’avais rien ressenti de tel ; depuis que mon train-arrière avait commencé à s’affaisser pour finir par s’immobiliser complètement. Je luis adressai le plus beau de mes sourires. Elle seule savait voir mes sourires. Elle en éclata en sanglots ; de joie cette fois-ci. Comme quoi, les femmes sont vraiment des êtres à part.

Le soir-même, nous en profitâmes pour faire une promenade mémorable. Plus rien ne nous arrêtait. Les frontières de notre ridicule toutounet corner devinrent obsolètes et nous les dépassâmes hautainement. Je retrouvais ma première jeunesse ; sautillant presque aux côtés de celle qu’alors j’aimais plus que tout. Notre joie pure était belle, dansante, aérée ; la preuve qu’après treize ans de vie commune, malgré les épreuves et les difficultés, notre amour était solide comme un roc, profond, immortel.

Mais elle choisit ce soir-là pour me l’annoncer. Ma douce amante perfide. Confortablement installé dans mon panier, tout entier à la joie d’avoir retrouvé mon aisance de jeune homme, je dégustais poliment mon os à moelle parfumé à l’anis étoilé quand elle vint se mettre à ma hauteur et s’empressa de caresser le haut de mon crâne. Cela m’énerva d’un coup. Elle savait bien que je déteste qu’on me gratouille la tête quand je mange mon nonos. Quel était donc encore ce subterfuge ? Je grognais pour la forme, histoire qu’elle comprenne que je n’étais pas dupe et que si elle venait pour me bassiner avec ses états d’âmes, je sortais mon carton « absent ».

– Léon, ne te fâche pas ; j’ai quelque chose d’important à te dire.

-Allons bon, voilà que tu vas me reprendre ma planche à roulettes, c’est ça ?

-Je suis bien contente que ton skate te plaise ; ça va te permettre de faire de belles promenades et de retrouver un peu d’autonomie.

-Alors tu me la laisses ?

-Tu vas pouvoir la garder tout le temps avec toi, elle fait partie de toi maintenant.

-Si tu veux… Mais où tu veux en venir-là ?

-J’ai décidé de prendre des vacances.

– Des vacances ? Ah ba maintenant je comprends ; c’est pour ça que j’avais besoin de ma planche à roulettes. Super ! On part où ?

– Je vais partir toute seule. Je ne t’emmène pas avec moi. Je vais voyager loin ; en avion ; et tu ne supporterais pas le trajet. Et puis il fera trop chaud là-bas.

– Quoi ??? Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu ne vas pas partir sans moi ?

– Ecoute, je ne m’en vais qu’une semaine. Je ne voulais pas t’abandonner trop longtemps. Je pars demain et je serai déjà de retour dans sept jours. Ça va passer vite. Et en attendant, tu ne vas pas aller dans un chenil ni aucun de ces lieux sordides. Tu vas rester à la maison et Cynthia passera te voir tous les soirs. C’est pour ça que tu as besoin du skate. Je ne pouvais pas demander à Cynthia de te porter tout de même. Mais avec notre système, tout est arrangé, n’est-ce pas ?

« – Quoi ? Mais ça ne va pas à la tête. Tout est arrangé, tout est arrangé… Non ! Rien n’est arrangé ! Tu ne peux pas me laisser tout seul ; dan mon état ; c’est hors de question !

– Oh Léon, s’il te plaît, ne me fais pas cette tête… Tu sais que je t’aime. Mais là, j’ai besoin de me reposer un peu, de partir loin. Et puis ce ne sera pas long. Je reviendrai avant même que tu ne te sois rendu compte de mon absence. Tu verras, Cynthia va s’occuper de toi ; elle est merveilleuse ; tu vas l’adorer j’en suis sûre.

– Mais je m’en fiche de Cynthia moi. Je ne l’aime pas d’abord ; elle se prend pour une Barbie avec ses poses de midinette et ses tenues de commerciale qui travaille chez HP. Et puis elle, c’est clair qu’elle n’aime pas les chiens ; sûr qu’elle va mal me traiter. Moi je te veux toi. Je veux que tu restes avec moi. Tu n’as pas le droit de m’abandonner comme ça. C’est immonde !

– Oh Léon, je t’en prie ; sois gentil, essaye de comprendre.

Non ; je ne voulais rien comprendre. Elle avait pris sa décision sans m’en parler ; attendant le dernier moment pour me mettre devant le fait accompli. Elle se révélait sous son vrai visage ; celui du mépris et de la trahison. Je compris soudainement que je m’étais bercé d’illusion quant à son amour pour moi. Elle ne m’aimait pas tant que ça ; elle n’avait pas tant besoin de moi. Elle préférait partir en vacances – sûrement pour fréquenter des galants – plutôt que de partager la joie simple de notre union. Quelle déception ; quel horrible abandon.

Interlude musical

Notre dernière soirée fut sinistre. Elle prépara sa valise dans son coin pendant que je boudais ostensiblement à l’autre bout de la chambre. Je voyais bien que mon attitude l’attristait mais je n’allais pas la consoler tout de même. C’était elle qui partait s’amuser et moi qu’on laissait tout seul ! Quand elle alla se coucher, je sortis dans le salon et ponctuai mon désappointement de pets malodorants. Elle ne dit rien et me laissa m’éloigner sans tenter de me retenir. Nous dormîmes chacun dans notre solitude ; déjà séparés par des kilomètres de frustration et de tristesse. Au petit matin, elle s’approcha de moi avec douceur. Comme pour une dernière danse, elle prit dans ses bras mon corps inerte et le descendit jusqu’au toutou corner sans avoir recours à la planche à roulettes. Elle voulait protéger notre temps, notre complicité ; cette vie que nous avions menée jusqu’alors et que ce maudit engin venait symboliquement de détruire. Nous restâmes plusieurs minutes ainsi, l’un en face de l’autre, moi écrasé sous mon postérieur, elle avachie de tristesse contre la rambarde en bois, sans rien échanger d’autre que la détresse des jours à venir. Finalement, nous remontâmes à l’appartement. Elle me posa délicatement sur mon coussin et attendit un signe de ma part. Mais c’était plus fort que moi ; je ne pouvais pas bouger un poil. Elle voulait m’embrasser avant de partir. Je ne pus que garder les yeux clos et me laisser submerger par un profond abattement.

– Je m’en vais Léon. Ne t’inquiète pas, je rentrerai vite. Sois gentil avec Cynthia, elle s’occupera bien de toi.

Ça lui fendait le cœur de m’abandonner ; c’était évident ; elle n’en avait aucune envie. Peut-être allait-elle faire marche arrière. Mais non. Elle prit sa valise et s’échappa dans le couloir rapidement, prenant soin de fermer la porte derrière elle, au cas où l’envie me viendrait de la poursuivre avec ma planche à roulettes. Voilà, notre histoire d’amour était terminée.

Elle partie, je n’avais plus aucune raison de vivre ; et ce n’était pas cette Barbie Cynthia qui allait changer ça. D’ailleurs, je l’attendais de pied ferme celle-là ; j’allais lui en faire voir de toutes les couleurs.

La demoiselle arriva sur les coups de vingt heures. Bien trop tard pour me faire faire faire mes besoins. J’avais déjà eu le temps de saloper le sofa et le lit d’une courante nauséabonde et incontrôlable. Bien sûr, ça ne lui plut pas. Il est certain que ses escarpins élancés sur un tailleur tout ce qu’il y a de plus chic n’étaient pas exactement appropriés pour se mettre à quatre pattes et frotter le carrelage. Elle jura, s’énerva, m’insulta, puis se promit à voix haute qu’elle ne s’occuperait plus jamais de vieux grabataires comme moi, même pour rendre service à la fille la plus paumée de son entreprise. Après avoir tout lessivé, elle me traina finalement dehors, m’accordant à peine quelques secondes au toutou corner avant de remonter en vitesse, de me servir une pâtée douteuse, et de s’éclipser en pestant parce que je l’avais mise en retard avec mes cochonneries. Même pas un petit bisou, même pas une histoire du soir. Si c’était ça la Barbie Cynthia ; elle pouvait rester chez elle. Non mais de qui croyait-elle s’occuper ? D’un vulgaire cabot de banlieue ? Manifestement, elle ignorait mes ascendants, la célèbre lignée dont j’étais issue et les nombreux prix de beauté que j’avais remportés et qui ornaient la cheminée pour la fierté de ma maîtresse. Elle ignorait que j’étais un lettré qui avait besoin de discussion, d’attention et d’éveil intellectuel ; d’autant plus à mon âge avancé. A ce train-là, j’allais vraiment me laisser mourir, et même sans effort. Je n’aurais qu’à m’abstenir de manger l’immonde bouillie qu’elle mettait dans ma gamelle et ce serait chose faite.

Cette nuit-là et la journée qui suivit furent plus tristes que jamais. J’en vins à désirer ardemment jusqu’à la visite de Barbie Cynthia, mais au matin, elle n’apparut pas pour me faire faire mon tour. J’avais dû vraiment l’énerver. Maintenant je m’en voulais mais c’était trop tard. Elle aussi m’avait abandonné. J’allais mourir. De délaissement ; de tristesse. Ma vie s’achèverait dans l’oubli.

Finalement elle réapparut le soir-même. Bien sûr malgré toute la bonne volonté du monde, je n’avais pu faire autrement que de me soulager dans le salon ; mais je le fis proprement et sans excès. Elle ne m’en tint pas rigueur, comme si elle s’y était attendue. Elle nettoya et m’emmena dehors sans un mot. Dans l’ascenseur, je tentai un rapprochement pour l’attendrir mais elle s’écarta avec dégoût. Au retour des toilettes, elle me servit sa pâtée immonde avec la même attitude détachée et distante puis sans un mot s’en alla. Les vingt minutes de vie qui m’étaient accordées venaient de s’éteindre. Plus rien ne m’attendait que ma solitude et la mort qui s’approchait à grand pas. Cette nuit-là, dans mes rêves troublés, je la distinguais vaguement, elle, mon unique amour. Elle qui me caressait tendrement et sans fatigue, nuit et jour s’il le fallait. Elle qui prenait ma tête sur ses cuisses charnues et s’allongeait à mes côtés, elle qui partageait tout avec moi, ses espoirs, ses douleurs, sa vie. Elle qui m’avait abandonné. Au petit matin, j’attendis vaguement Barbie Cynthia, mais elle ne vint pas alors je sombrai à nouveau dans une apathie onirique où ma maîtresse tenait le premier rôle, celle de l’amante, celle de l’aimée, celle de la reine désirée.

Les heures se firent longues puis étirables, inquantifiables. La nuit succéda au jour puis disparut dans le brouillard épais de l’inconscience. Je m’absentais de plus en plus du salon et de l’appartement, divaguant dans les dédales d’une torpeur bienfaisante ; oubliant de loin en loin les détails du temps et de la vie ; les nécessités terrestres et organiques. Les éléments fondaient autour de mon corps, l’absorbant avec eux dans un bal de langueur opaque et incertain. Mon être n’était plus posé et pesant ; il devint aérien, souffle, vent, esprit de l’au-delà. Tout se confondit, le décor, le corps, les éléments et le vivant ; tout perdit pied et s’annihila ; tout disparut. Puis je la vis, au seuil de l’un et de l’autre ; m’attendant, me guidant, me montrant le chemin. Je devais partir seul ; elle ne m’accompagnerait pas. L’autre côté s’annonçait vaste et clair ; accueillant. Il me fallait partir. Je m’engageai avec facilité, sans peur ni rancune ; souple et svelte. Je franchis le seuil avec légèreté; confiant et détaché. Je marchais et dansais ; je flottais autour de moi-même, à la fois présent et absent de mon propre corps. Je me sentais bien ; prêt ; disposé. Alors surgit la lumière ; blanche et aveuglante, souffle puissant absorbant ma pensée. Mes pas se précipitèrent et s’envolèrent quittant la vie et la certitude ; je partais. Soudainement, l’air devint froid ; glacé et coupant ; tout se cristallisa, tout s’arrêta. Une douleur déchirante m’arracha les sens et pétrifia mon âme. J’étais en arrêt ; souffle court puis coupé. Stoppé. Net. Mort. J’étais mort.

 … Pour lire la suite, c’est ici 🙂

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1 Comment

  • Reply Christine 12 juillet 2015 at 9:08

    Vite ,la suite .

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