Le souffle du Yémen

Yémen, je crie ton nom !

2 mars 2016

©lkg

Yémen

Les témoignages de mes amis me font peur. Quand ils lâchent quelques lignes sur les réseaux sociaux  « les murs tremblent, je ne vais pas dormir dans ma chambre mais dans le couloir, c’est plus sûr » ; quand ils demandent « qu’est-ce que c’était que ce bruit, là, dans le quartier du marché aux légumes ? Est-ce que quelqu’un a entendu ? C’est bien ce que je crois ? »  » Vous voyez la fumée que je vois ? » Quand je lis que « la petite fille de la vieille ville, qui rêvait de devenir chanteuse est morte des suites de ses blessures, quand sa maison a été bombardée par les raids saoudiens » Elle avait quatre ans. Le coeur se sert. Elle n’était même pas née en 2011…  Quand je lis que les conditions sanitaires sont déplorables, qu’ils n’ont pas d’électricité, pas d’eau potable, que des enfants périssent maintenant surtout de malnutrition. Les conditions de vie sont devenues désastreuses. Dramatiques. Et tout le monde s’en fout. Après tout, le Yémen, c’est où ?

Certes, il y a la récente décision plus ou moins contraignante du parlement européen d’embargo sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite. C’est beau comme une victoire. J’ai envie d’applaudir, d’y croire.  Mais j’ai peur que ce ne soit que  symbolique. Parce qu’au fond, qu’est-ce qui peut arrêter ce Royaume des ténèbres (je ne le dénomme pas toujours ainsi mais là, c’est l’appellation qui lui sied le mieux) de se pavaner honteusement ; de faire croire à sa toute puissance, en larguant d’immondes bombes sur une population sans défense ? Certainement pas nous, petits occidentaux réfugiés dans nos bureaux et avides de beaux contrats pour renflouer les caisses de nos Etats.

Tout juste parvenons-nous à leur envoyer une infime aide humanitaire ; de quoi ne pas mourir asphyxiés d’horreur. Une triste évidence s’impose : à l’heure actuelle, les Yéménites ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

Quand je vivais là-bas, j’avais l’impression que la jeunesse yéménite allait emmener le pays vers un renouveau, ouvert, tolérant, souriant. Car les jeunes que je rencontrais étaient emplis d’élan, de volonté et de force d’initiative. Ils étaient avides d’agir dans le monde d’aujourd’hui. Et ce monde les attendait.

En 2011, le Yémen s’offrit son printemps arabe. Le temps de tous les possibles, pour eux. Mais nous ne sommes pas encore disposés à ce que la jeunesse prenne les rênes. Et au Yémen, peut-être un peu plus qu’ailleurs, le conflit dépassait malheureusement les intérêts d’une jeunesse avide de changements. La réalité yéménite se complexifie lorsqu’il s’agit des tribus, des appartenances religieuses et des territoires. Ajoutons à cela que le pays n’est pas seulement en proie à des dissensions identitaires internes et à une situation économique difficile, mais est aussi le théâtre d’affrontements de puissances extérieurs.  L’année qui vient de s’écouler témoigne tristement de cela : ce ne sont pas les Yéménites qui sont en guerre mais bien l’Arabie et l’Iran. Sur le sol yéménite. Et au milieu, il y a la population, prise en otage.

  Dans ces conditions-là ; que peut faire cette jeunesse ? Continuer à créer. A s’exprimer. A montrer qu’elle existe. Vaille que vaille.  Et c’est ce qui se passe aussi sur les réseaux sociaux. Dernier terrain du possible. Soraya capte les sourires des enfants de la vieille ville et témoigne de leurs rêves. Abdul Nasser dit tout le bien qu’il pense de ces panneaux solaires qui, faute d’électricité, alimentent ingénieusement les lampadaires sur le Saila à Sanaa. Alanoud, entre milles plaisanteries, profite de son temps libre avec ses amis, rit, sourit, et défit les puissances extérieures en croquant la vie à pleines dents. L’artiste Saba transforme les explosions dramatiques en dessins d’amour et de paix. Ali continue à grimper dans la montagne et à rêver de voyager ; Samed oeuvre pour que nous n’oublions pas Socotra, son île merveilleuse. Ahlam encourage ses amis, poste des hashtags pour que nous n’oublions pas le Yémen. Et tous témoignent, en dépit de la guerre, de leur amour pour leur pays (voir les hashtags #beautifulYemen, #IloveYemen, etc…). Malgré leur quotidien dramatique, ils continuent à être là, à plaisanter, à créer, à s’exprimer. Ainsi, ils sont en résistance contre les agresseurs. Je les admire pour cela. Ils et elles forcent mon admiration.

Voilà donc ce que nous pouvons faire, à notre échelle. Les soutenir, les encourager. Leur montrer que nous les entendons, que nous ne les oublions pas.

A voir absolument, la vidéo sur le graffeur Murad Subay, le Banksy de Sanaa

Et pour finir, écouter l’inoubliable et merveilleuse Lhasa.

You Might Also Like

No Comments

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :